
Hier soir, j'ai accompli quelque chose d'extraordinaire.
J'avais un besoin inéluctable de me rendre aux toilettes. J'ai poussé la porte, j'ai allumé la lumière... Et je me suis rendu compte avec stupéfaction que l'ampoule ne fonctionnait plus. J'ai dû faire face à un dilemne cornélien: soit je décidais d'aller à la selle, soit je me résignais à me retenir toute la soirée. Cette seconde option n'était pas envisageable. Je devais vaincre ma peur et faire mes besoins à tout prix.
Je n'ai pu m'empêcher de repenser à ce traumatisme d'enfance... Très jeune, j'avais vu le film Arachnophobie. Dans une scène, un personnage est attaqué par une araignée qui s'était logée sous les toilettes. Cette scène m'avait marqué à vie.
Je ne devais pas penser à cela. Tout allait bien se passer, me répétais-je.
La lumière extérieure me laissait voir un minimum vital.
J'ai courageusement ouvert ma braguette, bravement baissé mon pantalon et pieusement posé mon postérieur sur la lunette.
Plusieurs minutes se sont écoulées, pendant lesquelles j'ai pensé à beaucoup de choses. J'ai pensé que chaque jour, on faisait face à de nouvelles épreuves dans la vie, et qu'il fallait être fort et les surmonter. C'était la seule chose qui pouvait me retenir à cet endroit. Etre fort... pour pouvoir aller de l'avant, pour pouvoir vivre mieux, pour pouvoir changer les choses. Peut-être que cette épreuve ne signifie rien aux yeux de beaucoup, mais pour moi, c'était un énorme progrès, une revanche sur la vie.
Quand j'eus terminé, j'ai été submergé d'émotion. Enfin. J'avais vaincu ma peur des toilettes dans l'obscurité.
Je me suis honorablement relevé, glorieusement rhabillé et triomphalement lavé les mains. Je savais que je me souviendrais toujours de cet épisode, du petit air frais qui parcourait la pièce et de la couleur du papier toilettes.

Commentaires
moi qui pensais être le plus vulgaire des vulgaires
je vois que je suis battu et par le texte, et par le commentaire d'Erwan...
C'est du joli !
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