
Je ne comprenais pas pourquoi on me détestait tellement. Je n'avais pas commis de crime ou été méprisant avec qui que ce soit, et j'éprouvais un profond sentiment d'injustice. "Tapette", "pédale", pour moi, la cour du collège était comme les précédentes mais en pire. Je m'inventais des histoires dans lesquelles je me vengeais tandis que, dans la vie réelle, j'essayais d'ignorer tout ce qu'on pouvait me faire, que ce soit les insultes, les moqueries ou les humiliations. Je pensais alors que je ferais ma vie seul et je ne voulais même plus avoir d'ami ou d'amour ou quoi que ce soit qui impliquerait la présence d'un autre être humain. Je me voyais devenir le maître suprême de l'univers dont le passe-temps favori aurait été de faire souffrir tous ceux qui l'avaient humilié à son adolescence.
Une fois arrivé à l'âge adulte, les choses sont différentes. On apprend à maquiller sa voix et sa gestuelle pour paraître plus commun quand c'est nécessaire, on rencontre des gens avec qui on peut être soi-même et puis on s'accepte tel qu'on est.
Sauf que le schéma se répète. En amour, les choses sont tellement plus complexes que dans une cour de collège! Quand un garçon ne veut pas de moi pour un soir ou pour une vie entière, je me demande si je suis toujours le phénomène de foire de l'école et si je suis digne d'amour.
Dernièrement, ça a changé. Tout d'abord, j'ai fait plusieurs rencontres et ça m'a plutôt rassuré sur le plan de l'estime personnelle. Ensuite, j'ai compris un truc tout con mais pas évident pour un mec resté bloqué à l'adolescence sur ce plan-là: lorsqu'un mec me rejette, ce n'est pas que je ne suis pas digne d'amour, c'est juste que l'on ne correspond pas l'un à l'autre. Et puis j'ai des gens autour de moi qui m'aime: si quelqu'un d'aussi extraordinaire qu'Ada m'aime, c'est nécessairement que je suis digne d'amour.

Commentaires
(ce commentaire est digne d'être modéré)
Cheers and take care.
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